La première fois que j’ai vu la vidéo de cette usine chinoise avec des humanoïdes qui bossent en ligne, j’ai eu un vrai malaise. C’était en juillet, je crois. Un dimanche soir vers 22h, j’étais sur mon canapé, et je scrollais bêtement. La vidéo tournait en boucle : des robots qui trient, qui vissent, qui déplacent des cartons avec une régularité de métronome. Pas ouf pour le moral d’un dimanche.
Et puis j’ai lu les commentaires. Et là, gros décalage.
Parce que le truc que les gens oublient (et que je trouve important à rappeler), c’est que ces machines bossent 7 heures par jour. Pas 24h/24. C’est un ingénieur qui l’a dit assez clairement dans une interview que j’ai lue la semaine d’après : pour l’instant, ils travaillent 7 heures par jour, pas plus. Batteries, maintenance, bugs, mises à jour. Ça tombe en rade, ça se recalibre, ça a besoin d’un humain pour vérifier que tout roule. Bref, on est loin de l’armée d’esclaves métalliques que certains fantasment.
Perso, ça m’a un peu rassuré. Un peu seulement.
Parce qu’en face, tu as des économistes comme Roubini (celui qui avait prédit la crise de 2008, oui oui) qui te disent noir sur blanc que l’IA et les robots menacent vraiment nos emplois. Et lui c’est pas un rigolo. Quand ce mec parle, en général les marchés écoutent. Son discours à lui, c’est : arrêtez de vous voiler la face, les cols blancs vont trinquer autant que les cols bleus, et probablement plus vite. Comptables, analystes juniors, rédacteurs, développeurs débutants. Tout le monde y passe.
À l’inverse, j’ai lu un papier québécois franchement bien foutu qui expliquait que l’IA n’amènera pas la fin du travail. L’argument principal m’a marqué : à chaque fois qu’une techno a détruit des jobs dans l’histoire, elle en a créé d’autres, souvent qu’on n’avait même pas imaginés. Personne en 1995 n’avait prévu qu’on paierait des gens pour être community manager ou pour entraîner des modèles de langage.
Alors qui a raison ? Aucune idée, franchement. Les deux probablement.
Ce qui est sûr, c’est que l’IA s’infiltre déjà partout, y compris là où on ne l’attend pas trop. En France, France Travail (l’ancien Pôle Emploi pour ceux qui suivent pas) a déployé une IA qui prend directement des nouvelles des chômeurs sur leur recherche. Elle t’envoie des messages, elle te relance, elle analyse tes réponses. À l’heure où même créer un compte en ligne se fait en quelques minutes, on automatise tout, tout le temps. Bon. Je ne sais pas ce qu’en pensent les conseillers, mais quelque part c’est un peu ironique : l’IA qui aide les gens à retrouver un boulot que d’autres IA sont potentiellement en train de leur piquer. Le serpent qui se mord la queue, version 2026.
Un pote à moi bosse dans la logistique près de Lyon. Il m’a raconté qu’ils ont testé un bras robotisé sur une chaîne de préparation de commandes. Résultat : le robot fait le boulot de deux personnes, mais il faut un technicien à mi-temps pour le surveiller, plus un ingé qui vient une fois par semaine. Au final, l’entreprise a gardé les deux préparatrices, elles font autre chose maintenant. Ça, on n’en parle jamais dans les médias. C’est moins vendeur qu’un humanoïde qui remplace un ouvrier.
Le truc c’est que la vraie question, elle est pas technique. Elle est politique. Qui capte les gains de productivité ? Les actionnaires ? Les salariés ? L’État via l’impôt ? C’est là que ça se joue, et pour l’instant on n’a pas vraiment de réponse claire. Chaque pays bricole dans son coin.
Ce que je remarque aussi, c’est que les métiers du divertissement en ligne, eux, se portent plutôt bien. L’IA améliore l’expérience utilisateur au lieu de la remplacer. Les plateformes de jeux en ligne comme Lucky31 en profitent d’ailleurs pour personnaliser les recommandations, et si vous voulez vous faire une idée du niveau que ça atteint en 2026 vous pouvez jeter un œil sur ce site pour voir concrètement de quoi je parle. Ce qui bouge, c’est la manière dont les humains interagissent avec les machines, pas la disparition des humains.
Revenons aux robots. Le vrai souci d’après moi, c’est la vitesse. Les révolutions industrielles précédentes se sont étalées sur des dizaines d’années. Là, on parle de bouleversements en 5 ou 10 ans. Le système éducatif, la formation continue, les reconversions : rien de tout ça n’est calibré pour aller aussi vite. Un mec de 52 ans dont le job disparaît en 18 mois, il fait quoi ? Il retourne à l’école ? Avec quel argent ?
C’est ça qui me travaille. Pas les robots eux-mêmes.
Les machines qui bossent 7 heures par jour dans une usine chinoise, franchement, ça reste des outils. Sophistiqués, oui. Impressionnants, clairement. Mais des outils. La question c’est jamais l’outil, c’est ce qu’on décide d’en faire collectivement. Et pour l’instant, j’ai pas l’impression qu’on ait vraiment cette conversation. On regarde les vidéos, on flippe, on scrolle, on passe à autre chose.
Faudrait peut-être arrêter de scroller, tiens.











